
Un revers pour l’administration publique
Nous assistons aujourd’hui à un changement, ou plutôt à une régression conceptuelle et temporelle, de l’administration publique dans notre pays. Le parti au pouvoir et ses alliés se tournent vers le passé avec nostalgie pour ancrer et emprisonner, une fois de plus, l’information et les archives au cœur même du pouvoir. Ce retour au siècle dernier semble être le mot d’ordre d’une transformation régressive, où l’évolution et les acquis du passé sont rejetés, même s’ils sont peu nombreux ou imparfaits.
Concernant l’accès à l’information, la transparence, la protection des données personnelles et la consultation publique des archives historiques, une lutte acharnée a été menée pour défendre une série de droits fondamentaux inscrits dans la Constitution qui, de ce fait, devraient être progressifs et non l’inverse. Les droits d’accès à l’information, à la protection de la vie privée et à la mémoire sont négligés et contrôlés par le même pouvoir. L’« Arcana Imperii » prévaut, un concept développé par Tacite pour décrire le contrôle de l’État sur l’information publique, une situation qui ouvre la porte à l’opacité, au cryptage et au secret, pratiques que combattent nombre de figures de gauche qui, par le passé, ont lutté contre la première version du parti unique et écrasant qui a dirigé le pays pendant plus de 70 ans. Le modèle se reproduit à l’identique et les citoyens qui avaient réussi à obtenir plus facilement l’accès à l’information dans le cadre de leur exercice démocratique, celui d’exiger des comptes, sont méprisés.
La corruption n’a pas été vaincue car il s’agit d’un problème complexe, entretenu et alimenté par des réseaux et la complicité tant dans le secteur public (exécutif, législatif et judiciaire) que dans le secteur privé.
La lutte pour l’ouverture de l’information publique a connu une évolution progressive depuis que le pouvoir, incarné par l’exécutif, a accepté en 2002 de se faire l’écho des demandes de la société et de proposer une première loi sur la transparence, garantissant l’accès à l’information par le biais d’un L’organisme le plus impuissant. C’est là que résidait la garantie. Cette garantie est déjà perdue lorsque l’État s’érige en juge et jury. La capture et la récupération d’informations sont un signe indéniable de secret et d’opacité. C’est un film d’un autre temps, et c’est pourquoi l’on a voulu y remédier grâce aux outils développés pendant plus de vingt ans, lesquels, bien qu’imparfaits, étaient perfectibles et adaptables. Mais les faire disparaître d’un trait de plume sous prétexte de dépenses excessives, en oubliant le gaspillage considérable des six dernières années dû à l’inefficacité et à l’inopérabilité administrative, est absurde et porte directement atteinte au droit des citoyens d’exiger des comptes sur les actions publiques.
Il est regrettable de prendre aujourd’hui de telles décisions fondées sur des erreurs de raisonnement, car ce sont des prémisses erronées acceptées aveuglément, sans en percevoir les conséquences. On ne peut changer le passé, mais il est essentiel d’en tirer des leçons pour améliorer l’avenir, et non pour revenir à des méthodes qui se sont révélées inefficaces. L’aveuglement qui engendre l’arrogance lorsque l’on détient tout le pouvoir alimente une soif insatiable de centralisation du pouvoir.
Accès aux archives et à l’information
Les archives seront affectées par ces résolutions car, d’une certaine manière, leur visibilité était due aux enjeux désormais cloisonnés et enfermés dans les arcanes du pouvoir, au détriment de la volonté de divulguer ou non l’information selon les besoins ; et ce, par ce que Peter Burke appelle l’ignorance politique, alimentée par le secret et le mensonge. Les six dernières années ont déjà mis en lumière ce fait fatidique, comme on le disait dans les cercles de discussion sur ces questions : si ça marche comme un canard, si ça ressemble à un canard, si ça se comporte comme un canard et si ça vole comme un canard, c’est un canard. Point final.
Nous retournons à la case départ pour lutter à nouveau pour l’accès à l’information, promouvoir la transparence, défendre le droit à la mémoire face aux fréquentes rétentions d’information, aux violations de la vie privée comme ce fut le cas au cours des six dernières années de mandat, et à la disparition des archives sans que personne ne garantisse le contraire.


Recent Comments