Les archives en première ligne, protégeant la mémoire en ces temps incertains

Les archives en première ligne, protégeant la mémoire en ces temps incertains

Pepita Raventós, responsable du service des archives et de la gestion documentaire de l’Université de Lleida, revient sur l’événement organisé dans le cadre de la Semaine internationale des archives, conjointement par l’Université de Lleida, les Archives nationales de Catalogne et Archivistes sans frontières.

La conversation « Mémoire connectée », qui s’est tenue le 10 juin 2026 aux Archives nationales de Catalogne et a été organisée conjointement par Archivistes sans frontières, les Archives nationales de Catalogne et le service de gestion des archives et des documents de l’Université de Lleida, a offert une réflexion particulièrement opportune sur la valeur des archives dans les contextes de conflit, de vulnérabilité et de reconstruction de la mémoire.

Carlos Serrano, directeur du programme ALIPH, a insisté sur la nécessité de protéger le patrimoine documentaire contre les guerres, les catastrophes et les destructions délibérées. Sans entrer dans le détail de chaque cas, la discussion a présenté la situation dans plusieurs zones de conflit où les archives et autres institutions de mémoire subissent des dommages irréparables. Son intervention nous a rappelé que la protection des archives n’est pas qu’une question technique : il s’agit de préserver les droits, les identités et les témoignages essentiels aux communautés.

Sílvia Marimon, journaliste spécialisée dans la mémoire historique, a apporté un éclairage complémentaire et critique : les documents n’acquièrent pleinement de sens que s’ils sont interrogés, contextualisés et expliqués. Leur préservation est essentielle, mais il est tout aussi important de rendre visibles les récits qu’ils recèlent, notamment ceux qui ont été passés sous silence ou marginalisés par les discours dominants.

Le dialogue entre les deux points de vue a clairement démontré que protection et diffusion ne sont pas des objectifs dissociables. Les archives doivent survivre, mais elles doivent aussi s’exprimer. C’est la seule façon pour elles de devenir des espaces actifs de justice, de savoir et de responsabilité collective.

Cette responsabilité interpelle les institutions comme les professionnels : il ne suffit pas de sauvegarder les documents, il faut aussi garantir leur accès, leur compréhension et leur transmission aux générations futures. À l’heure où la désinformation, l’oubli et la destruction menacent la mémoire collective, les archives deviennent une infrastructure démocratique essentielle.

UNE PERSPECTIVE ANTHROPOLOGIQUE POUR L’ARCHIVISTISME ET LES PROJETS DE COOPÉRATION INTERNATIONALE DANS LES ARCHIVES

UNE PERSPECTIVE ANTHROPOLOGIQUE POUR L’ARCHIVISTISME ET LES PROJETS DE COOPÉRATION INTERNATIONALE DANS LES ARCHIVES

L’archivistique connaît actuellement une période très encourageante d’expansion professionnelle et académique, marquée principalement par le dialogue avec les sciences de l’information et l’informatique et, de ce fait, par une plus grande standardisation à l’échelle internationale. Il est cependant essentiel de cultiver l’esprit critique et de s’approprier les perspectives offertes par les sciences sociales pour aborder et traiter l’objet d’étude lui-même. Car que se passe-t-il lorsque les perceptions, les besoins et les attentes d’autres sociétés vis-à-vis de leurs archives ne correspondent pas à la conception et à la pratique de l’archivistique « standardisée » ? Comment pouvons-nous, en tant que professionnels, envisager d’aider d’autres communautés à organiser et à gérer leurs archives si nous ne prenons pas en compte ce qui est socialement et culturellement important pour elles, et la manière dont elles souhaitent se les approprier ?

Des recherches et diverses expériences professionnelles dans le domaine social, notamment en Australie, au Canada, aux États-Unis et en Amérique latine, ont déjà permis de démontrer qu’il existe une diversité socioculturelle beaucoup plus importante autour des archives qu’on ne le pense, face à laquelle une conception homogène ou standardisée de la discipline et une application indiscriminée de ses principes scientifiques ne sont pas seulement impossibles, mais aussi très problématiques.

Bien que la plupart des archivistes, de par leur formation et leur parcours universitaire, soient déjà conscients de la valeur sociale des archives, de leur importance pour la mémoire historique et la défense des droits humains, la réalité est bien plus complexe. Les archives peuvent revêtir et se constituer de multiples façons selon la société ou la communauté concernée. Les modèles et normes professionnels actuels peinent à intégrer le fait que certaines communautés tissent des liens affectifs, spirituels ou symboliques avec leurs archives, ou qu’il existe des systèmes et traditions archivistiques spécifiques fondés sur d’autres conceptions des documents, du patrimoine culturel et de la préservation de la mémoire.

Les projets de coopération internationale dans le domaine des archives sont particulièrement paradigmatiques à cet égard, car ils permettent de constater très clairement dans quelle mesure l’application de la théorie et des principes archivistiques fonctionne dans différentes réalités sociales. Par exemple, le projet de coopération entre Archivistes sans frontières et les Archives nationales de la République arabe sahraouie démocratique, que j’ai eu l’occasion d’analyser, offre de nombreux enseignements quant à l’adéquation de ses propres connaissances et pratiques professionnelles aux réalités locales et territoriales, tant spécifiques que particulières. Il met également en lumière la nécessité, soulignée par les coopérants eux-mêmes qui y ont participé au fil des ans, de connaître la population avec laquelle on travaille, au-delà de la situation particulière des archives et de la documentation, ou des besoins perçus de l’extérieur en matière de gestion documentaire.

En ce sens, l’anthropologie et sa méthode de recherche, l’ethnographie, sont des outils précieux pour une meilleure compréhension socioculturelle et une réflexion critique sur notre profession. Il s’agit non seulement de comprendre les populations et la diversité des cultures archivistiques, mais aussi de s’interroger sur nos pratiques et leurs motivations. Concrètement, des démarches ethnographiques pourraient être intégrées aux projets de coopération, favorisant ainsi une attention accrue aux réalités sociales et leur compréhension, afin de concevoir des interventions plus pertinentes, efficaces et intégrées dans chaque contexte. Par exemple, nous pourrions accorder une plus grande importance aux aspects socioculturels de la population dès la phase de prospection des collections et lors de la conception des projets, voire constituer des équipes multidisciplinaires capables d’aborder un même projet sous différents angles et avec une plus grande profondeur.

En définitive, la science archivistique doit être perçue comme un moyen pour les sociétés de se constituer des archives de la manière la plus cohérente possible, et non comme une pratique standardisée. Il est important de reconnaître la diversité des approches et de leur accorder une place, car cette flexibilité n’est pas incompatible avec le maintien de la rigueur, de la qualité et l’application des bonnes pratiques. Comprendre les acteurs de la production documentaire et les contextes sociaux qui entourent les archives est fondamental pour proposer une gestion documentaire véritablement efficace et adaptée, et pour garantir que les objectifs de la science archivistique soient atteints selon la manière dont chaque communauté les vit et les conçoit.

L’ÉGALITÉ DES GENRES DANS LES ARCHIVES : une question d’État

L’ÉGALITÉ DES GENRES DANS LES ARCHIVES : une question d’État

Ces dernières années, les archives ont reflété la prise de conscience accrue à l’égard de
L’égalité des sexes est présente dans la société et diverses initiatives ont été promues à cet égard.
Dans le domaine professionnel, cela peut se traduire par des actions symboliques telles que : Changement de nom des associations qui utilisent un langage plus inclusif (Association) des Archives professionnelles, des bibliothèques, des musées et des centres de documentation de Galice (Bamad Galicia), ou Association des professionnels de l’archivage et de la gestion documentaire Catalogne) ; à des actions plus percutantes telles que la création en 2021 d’une Vocalía de Igualdad y Féminismes par Archiveros sin Fronteras España. Dans le domaine académique, le
Les études archivistiques menées dans une perspective de genre ont pris de l’importance. Elles ont donc les articles et les travaux de recherche sur la mémoire des féminismes se sont multipliés, ainsi que l’écart. de la question du genre dans le fonds, la nécessité de classer les dossiers au féminin et de préserver une mémoire Les archives ont également participé à l’organisation de conférences et
activités de diffusion pour mettre en avant les femmes et leurs expériences, en tirant parti de
Journée internationale des femmes

Cette sensibilité constitue un point de départ pour l’établissement de politiques d’égalité des sexes.
más calado à la fois au niveau du système archivistique et au niveau de chaque archive. d’ici
Nous encourageons les archives à envisager l’élaboration de plans d’égalité des sexes qui
Gardez à l’esprit quatre domaines : la mémoire préservée (la nécessité de l’accroître)
des fonds pour les femmes, sur les femmes et gérés par des femmes, qu’elles appartiennent au mouvement féministe ou
des associations et institutions liées aux femmes) ; politiques et processus techniques
gestion documentaire (politiques de gestion électronique des documents, évaluation,
acquisition, métadonnées,…); la gestion du service d’archives (analyse du personnel et
infrastructures) et, enfin, l’activation des documents clés relatifs au genre. Il s’agit de
de « désarchiver les femmes » : c’est-à-dire relire les documents et les activer dans une perspective féministe
afin que le travail qu’ils ont accompli tout au long de l’histoire puisse se révéler.

Pour ce faire, ils doivent commencer par radiographier la situation actuelle. La photographie
révélera qu’il existe peu de fonds personnels de femmes, que les archives publiques possèdent
ont honteusement négligé les archives du féminisme et du collectif LGBTIQ
(principalement fréquenté par des bénévoles du même collectif), que sa méthodologie de
Le travail est hétéropatriarcal, les politiques d’évaluation documentaire ainsi que celles-ci
Les méthodes de description ont niguneado l’activité des femmes, qu’il y a plus d’hommes
que les femmes occupent des postes à responsabilité.
Inverser cette situation est une question de justice sociale qui doit être résolue, par le biais de politiques publiques.
Les archives et les professionnels (ils et elles) doivent s’engager à travailler. pour la préservation et la visibilité de la mémoire des groupes les moins privilégiés et les plus invisibles par une vision patriarcale et androcentrique. Nous ne pouvons ignorer le potentiel et le
la responsabilité des archives de promouvoir l’égalité des sexes dans la société, al
préserver une mémoire qui sera pertinente pour les générations futures et contribuera à la valeur

La contribution des femmes à la société. Ce n’est pas un mince défi. Bref, nous sommes là.
une question qui transcende le domaine technique et qui est au cœur des préoccupations des archives
Souhaitez-vous préserver la mémoire ? Il s’agit, à ma connaissance, d’une question de statut.
Cela soulève la question de la vision du présent que nous laissons aux générations futures.

LES POLITIQUES RELATIVES AUX ARCHIVES ET À LA MÉMOIRE. Quelques enseignements tirés de l’expérience colombienne.

LES POLITIQUES RELATIVES AUX ARCHIVES ET À LA MÉMOIRE. Quelques enseignements tirés de l’expérience colombienne.

Au cours des vingt dernières années, le discours international sur les droits humains s’est penché sur une question essentielle pour l’élucidation des crimes contre l’humanité commis dans les régimes répressifs et les conflits armés : quelles mesures faut-il mettre en œuvre pour sauvegarder et diffuser largement les archives témoignant des violations des droits humains ? Les principes internationaux de lutte contre l’impunité – adoptés en 1998 et actualisés en 2005 –, les rapports du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la vérité – notamment son rapport de 2015 –, ainsi que les Instruments de l’état de droit du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme [i] ont souligné qu’il incombe aux États de se souvenir, et, dans le cadre de leur mission, de préserver et de créer les conditions les plus favorables à la connaissance publique du patrimoine documentaire et testimonial des villes. Ces références juridiques invitent les États à considérer les mécanismes transitoires, tels que les lois mémorielles, comme une opportunité de mettre en œuvre les normes les plus élevées en matière de protection, d’accès et de diffusion sociale des archives. Les politiques de recherche de la vérité doivent s’accompagner de politiques archivistiques conçues dans une perspective de droits humains.

Malgré la clarté de ces invitations, l’expérience internationale, et en particulier celle des mécanismes de transition en Colombie, montre que l’harmonisation et le dialogue entre les politiques de mémoire et les politiques archivistiques constituent une tâche complexe. Ainsi, bien que l’un des principes fondamentaux de ce rapport entre archives et politiques de mémoire soit le libre accès des organismes de recherche sur le passé à la documentation et à l’information publique, l’expérience de la Commission pour la clarification de la vérité, la coexistence et la réconciliation (CEV) en Colombie met en lumière les obstacles persistants dans ce domaine. Cet organe, issu des accords signés en 2016 par le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP), a remis son rapport final le 28 juin 2022, accompagné d’un document intitulé « Expérience de la Commission pour la clarification de la vérité en matière d’accès à l’information publique » [ii] . La Colombie dispose d’une loi générale sur les archives, d’une loi sur la transparence et l’accès à l’information publique, ainsi que d’une loi relative aux victimes et à la restitution des terres. Cependant, le CEV s’est heurté à la réticence de certains organismes étatiques à donner accès à la documentation publique, au manque d’outils d’archives pour la recherche d’informations sur les violations des droits humains, au transfert injustifié des demandes d’information à d’autres organismes étatiques et à la méconnaissance des délais légaux de réponse aux demandes d’accès, entre autres problèmes. En bref, l’accès aux archives d’État demeure un parcours du combattant, non seulement pour les victimes en quête de vérité et de justice, mais aussi pour les organismes publics habilités à enquêter sur les conséquences de la guerre.

L’expérience du CEV rappelle les conclusions d’une autre entité, le Centre national de la mémoire historique (CNMH), une organisation créée en 2011 et chargée de la mise en place d’archives sur la mémoire du conflit armé colombien. Entre 2013 et 2017, cette entité s’est attelée à l’élaboration d’une politique d’archivage sur les violations des droits humains et, à cette fin, a dialogué avec des organisations sociales et des représentants des pouvoirs publics de différentes régions de Colombie. Dans son diagnostic, le CNMH a constaté que des problèmes tels que les menaces proférées contre les leaders sociaux cherchant à obtenir des informations sur les événements, le manque de formation des agents publics aux droits humains, l’absence d’outils psychosociaux pour l’accompagnement des victimes, l’absence de programmes de formation au traitement des archives et la précarité des infrastructures – publiques et de la société civile – entravaient l’accès aux traces documentaires et testimoniales de l’affrontement armé et leur préservation [iii] . Les réalités rencontrées par ces institutions montrent que les politiques et la gestion des archives dans les institutions publiques peuvent faciliter mais aussi entraver la connaissance des conséquences de la violence, et affecter de manière décisive les possibilités de revendiquer les droits humains, notamment ceux des victimes et de leurs représentants.

Pour complexifier ce tableau des enjeux des politiques mémorielles, il est important de préciser qu’en Colombie, des institutions comme le CNMH et le CEV ont publié des rapports traitant notamment des conséquences de la violence dans les différentes régions, de ses effets sur des populations telles que les paysans, les autochtones, les communautés afro-colombiennes, les jeunes, les adolescents et les personnes LGBTI, ainsi que des répercussions sur la participation politique, parmi d’autres dimensions du conflit armé. Malgré ces travaux, des politiques archivistiques facilitant et encourageant l’accès restent indispensables, non seulement à la documentation publique en général, mais aussi aux archives constituées par ces institutions dans le cadre de leurs recherches. Dans les sociétés qui aspirent à surmonter les profondes répercussions sociales, culturelles et psychosociales de la violence, le défi consiste non seulement à collecter des documents et des témoignages, mais aussi à rendre publiques des milliers d’histoires qui, du fait de la violence, sont restées tues. En réalité, une grande partie du travail des gestionnaires de la mémoire, tels que les organisations de défense des droits de l’homme et les associations familiales, vise à briser le silence qui pèse sur les souffrances endurées par la société et, par là même, à surmonter le climat d’impunité qui facilite la répétition d’événements violents.

L’expérience colombienne montre que les obstacles à l’accès aux archives, si l’adoption d’outils juridiques – lois, protocoles et circulaires institutionnelles – est nécessaire mais insuffisante pour assurer la coordination entre les politiques de mémoire et les politiques d’archivage, sont nombreux. Autrement dit, le chemin entre les règles et la pratique des institutions étatiques est long. Pour combler ces lacunes, il est indispensable de prendre la décision de promouvoir des changements dans la culture institutionnelle, ainsi que de susciter un débat public et un contrôle citoyen afin que les principes adoptés par le droit international des droits de l’homme soient intégrés et appliqués au sein de l’institution. Un besoin criant est, par exemple, de défendre publiquement l’idée que la recherche de la vérité et l’analyse critique du passé, afin d’éviter la répétition des atrocités, exigent que les générations présentes et futures puissent connaître et examiner les rapports des organismes spécialisés ainsi que l’histoire contenue dans les documents, témoignages et autres sources rassemblées par ces organismes de recherche. Le débat public sur l’accès aux archives pour la récupération de la mémoire historique doit aborder, entre autres aspects : a) les conditions effectives de sa connaissance et de sa diffusion, notamment pour les victimes et les organisations œuvrant à la clarification du passé ; b) le régime d’accès aux documents et témoignages recueillis par les organes d’enquête ; et c) les politiques nécessaires pour que les systèmes d’archives nationaux fonctionnent de manière coordonnée dans la préservation de ce patrimoine lorsque les documents et témoignages sont conservés par des gestionnaires de mémoire non étatiques, c’est-à-dire par des personnes ou des communautés qui peuvent contribuer à la clarification du passé.

Face à ces enjeux, il convient de souligner que la Colombie et l’Espagne traversent des moments charnières. D’une part, la Colombie assiste à l’annonce d’une relance des politiques de paix, et d’autre part, la société espagnole est confrontée au débat sur les implications de la Loi sur la mémoire démocratique. J’espère que cette période sera l’occasion pour les politiques archivistiques de s’affirmer comme un domaine stratégique et central des transitions politiques dans ces pays, et pour les institutions publiques, les groupes de réflexion et les organisations de la société civile d’engager un dialogue fructueux sur les politiques et les mesures nécessaires à la sauvegarde de la valeur des archives en tant que sources de mémoire sociale, garantes du respect des droits humains.

 

[et] Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), 2015. Instruments de l’état de droit pour les sociétés issues d’un conflit : archives. Disponible à l’ adresse : https://www.ohchr.org/sites/default/files/Documents/Publications/HR_PUB_14_4_Archives_sp.pdf

[ii] Commission pour la clarification de la vérité, la coexistence et la non-répétition (CEV) (2022). Expérience de la Commission en matière d’accès à l’information publique. Document disponible sur https://www.comisiondelaverdad.co/experiencia-de-la-comision-para-acceder-informacion-publica

[iii] Centre historique national (CNMH) (2017). Le processus de constitution des Archives des droits de l’homme du CNMH et l’élaboration de la politique publique des Archives des droits de l’homme, de la mémoire historique et des conflits armés : diagnostic et propositions de la société civile et des institutions publiques. Dans : Politique publique des Archives des droits de l’homme, de la mémoire historique et des conflits armés. Disponible à l’adresse : https://www.centrodememoriohistorica.gov.co/descargas/politica-publica-archivo-ddhh.pdf, pages 120-125 .

9e CONFÉRENCE ANNUELLE DU CONSEIL INTERNATIONAL DES ARCHIVES (ACI)

9e CONFÉRENCE ANNUELLE DU CONSEIL INTERNATIONAL DES ARCHIVES (ACI)

La 9e Conférence du Conseil international des archives ( https://ica2022roma.com/ ), intitulée « Archives : Combler le fossé » , s’est tenue à Rome les 21, 22 et 23 septembre, avec la participation d’Archivistes sans frontières (ASF). Organisée chaque année, sauf l’année du Congrès de l’ACI, la Conférence du Conseil international de l’ACI est le principal événement international consacré aux archives. L’ACI compte 198 membres issus de différents pays et s’efforce de rassembler les sections partageant des intérêts professionnels communs et les régions aux traditions archivistiques distinctes. La Commission du programme se concentre sur les principaux défis professionnels et travaille à l’élaboration de solutions et de produits destinés à soutenir les membres dans leur travail, ainsi qu’à la représentation des intérêts des archives et de la gestion des documents. Elle fournit des conseils et des contenus aux instances et initiatives internationales représentatives des domaines culturel, patrimonial, gouvernemental et technologique. Tous ces axes convergent lors de la conférence pour être présentés, discutés et développés, et pour inspirer de nouvelles initiatives et approches pour les instances de l’ACI.

La Conférence de Rome souhaitait mettre en lumière la diversité qui caractérise les sociétés contemporaines et avait pour objectif de sensibiliser, de formuler des propositions et d’apporter des solutions possibles pour réduire le fossé entre des concepts tels que la mondialisation et la localité, entre le public et le privé, et les aspects qui affectent la technologie, entre autres, afin qu’un développement puisse se produire où les différents acteurs s’épanouissent grâce à leur réalité spécifique au sein de la société, et où les archives jouent un rôle fondamental en tant qu’agents actifs.

La présentation à laquelle AsF a participé s’est tenue à l’Auditorium Antonianum, lieu de la conférence, devant 125 participants, dans le cadre de la session « Solidarité archivistique : les archivistes s’entraident en temps de guerre et de paix ». Archivistes sans frontières International (AsF-I) était représentée par Christine Martinez (AsF France), Elena Porras (AsF Équateur) et Núria Carreras (AsF Espagne). Sous le titre « Solidarité archivistique des Archivistes sans frontières », les trois intervenantes ont présenté certains projets développés par les différentes sections d’AsF International depuis sa création.

La session animée par Meg Phillips, vice-présidente des programmes de l’ICA, comprenait d’autres interventions, telles que celle d’Emilie Gagnet Leumasen intitulée « Protéger le patrimoine culturel : le rôle de l’ICA en temps de conflit » , évoquant le rôle des archivistes en temps de conflit, et la présentation conjointe du Dr David Christopher Sutton, du Dr Luisa Franco et d’Arda Scholteel intitulée « Refuges sûrs pour les archives menacées : un rapport d’étape » , où ils ont souligné les progrès réalisés dans les rapports sur les refuges sûrs pour les archives menacées.

La contribution d’AsF Espagne a porté sur un projet de formation développé, en collaboration avec les Archives nationales de Bosnie-Herzégovine, entre 2001 et 2005. Ce projet visait à faciliter l’organisation des collections documentaires des archives ayant survécu à la guerre des Balkans. Il s’adressait au personnel technique et non qualifié des Archives nationales de Bosnie-Herzégovine et des archives municipales de la République. Dans un second temps, l’intervention a présenté le projet de collaboration en cours avec les Archives nationales de la République arabe sahraouie démocratique. Ce projet, destiné à la préservation de la documentation produite par le gouvernement sahraoui en exil, a pour objectif de fournir aux Archives nationales une méthodologie de travail leur permettant de gérer et de préserver leurs collections documentaires, ainsi que de maintenir les ressources humaines nécessaires à leur bonne conservation.

Bien que ces deux projets soient largement connus des membres et sympathisants d’AsF Espagne, cette conférence a été une excellente occasion de mettre en lumière l’action caritative de l’organisation et son rayonnement international. De son côté, AsF France a présenté le projet de missions en Haïti après le séisme de 2010, le projet de bonne gouvernance au Burkina Faso et le projet de sécurisation et de traitement des archives d’adoption internationale. Enfin, pour conclure, AsF Équateur a présenté le projet de préservation de la mémoire du peuple Kayambi.

Grâce à cette participation conjointe des trois sections d’AsF, le groupe d’archivistes présent à la conférence a pu avoir une vision plus large de ce qu’est l’entité et de sa proposition au niveau international avec différents projets qui englobent la formation, la démocratie, la bonne gouvernance, la mémoire et l’identité des peuples, les droits individuels et collectifs, sous le principe de la solidarité.

La conférence a bénéficié d’une large participation de projets portant sur des objectifs actuels tels que le changement climatique, la révision des archives coloniales en vue de leur transformation en archives plus inclusives, les archives communautaires et les groupes marginalisés, ou encore les archives faisant le lien entre les stratégies sociales et les droits humains. Une série de communications, de présentations et d’entretiens a permis d’offrir un large aperçu des préoccupations actuelles des archivistes et des professionnels de l’information et des archives.

Enfin, tirant parti de ce cadre, AsF a contacté des personnes et des entités intéressées par une collaboration, ce qui, nous l’espérons, constituera un point de départ pour de nouveaux projets.

Un moment marquant de cette conférence a été la reconnaissance de la brillante carrière de deux personnalités liées à l’AsF, pour leur contribution exceptionnelle à l’ICA et à la profession d’archiviste en général, à l’échelle internationale : Ramon Alberch, président fondateur de l’AsF et ancien président d’AsF International, et Joan Boadas, responsable du service de gestion documentaire, des archives et des publications de la mairie de Gérone et membre de l’AsF. Tous deux ont été nommés membres du Conseil international des archives (ICA), et Joan Boadas a également reçu le prix Emmett Leahy. Toutes nos félicitations !

Un regard d’archives sur le changement climatique

Un regard d’archives sur le changement climatique

Le 10 décembre, la Journée internationale des droits de l’homme a été commémorée, date anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. Quatre-vingt-quatre ans se sont écoulés depuis cet événement et les enjeux soulevés par ce document ont évolué. De nouveaux défis actuels s’y sont ajoutés, tels que les impacts de l’urgence climatique et les réponses apportées dans différentes régions du monde.

Les Nations Unies ont appelé à la reconnaissance de l’importance et de la pertinence des droits de l’homme dans notre vie quotidienne, de plus en plus menacée par les effets de l’urgence climatique.

Profitant de cet événement, AsF a dialogué avec Claudio Ogass Bilbao, coprésident du Groupe de travail sur le changement climatique du Conseil international des archives (CCWG-ICA) et doctorant en archivistique à l’Université de Liverpool, sur le thème des archives, des droits humains et du changement climatique. Sa thèse porte sur les relations entre les archives nationales et l’État chilien, afin de comprendre et de mettre en lumière le sentiment d’abandon des institutions chiliennes vis-à-vis des archives institutionnelles et communautaires. Il a également étudié la problématique du changement climatique dans une perspective latino-américaine afin de proposer des archives plus écologiques et résilientes.

Un regard d'archives sur la grotte climatique

 

Communication AsFVous vous considérez comme une « archiviste militante ». En quoi consiste selon vous le militantisme archivistique ? Que signifie-t-il pour vous ?

Claudio Ogass Bilbao : Je me définis comme un archiviste militant, car mes recherches et mes actions visent à impulser des transformations sociales et politiques pour améliorer la situation précaire des archives au Chili et en Amérique latine.

En ce sens, je conçois mes recherches principales comme une stratégie d’ activisme archivistique , car je me tourne vers le passé non pas pour le ressusciter dans une optique d’admiration muséographique ou pour le préserver inerte, mais pour que la communauté archivistique puisse l’utiliser comme une ressource afin d’améliorer le présent et de bâtir un avenir meilleur. L’Amérique latine est confrontée à de nombreux problèmes persistants, ce qui m’amène à me tourner vers le passé et à analyser l’histoire archivistique comme une source d’expériences pour le présent. Certains auteurs, comme l’archiviste canadien Terry Cook, ont avancé que le passé est notre prologue. J’ajouterais que le passé est aussi nos archives. Il recèle les rêves, les espoirs, les désirs et les projets avortés de nos prédécesseurs, autant d’expériences qui nous permettent de formuler et de concevoir des idées, des plans, des arguments et des organisations. Forts de l’histoire et de la mémoire, nous créons ainsi une institutionnalisation et une politique archivistiques qui permettent à la communauté archivistique actuelle de développer pleinement son potentiel créatif et intellectuel et d’améliorer nos stratégies d’activisme actuelles, en unissant les exigences du passé à celles du présent.

AsF Comunicación : Quel est le lien entre votre thèse de doctorat et les droits de l’homme et les archives ?

Claudio Ogass Bilbao : C’est une question complexe. Ma thèse de doctorat vise à analyser comparativement les plans d’action pour la modernisation des Archives nationales du Chili, mis en œuvre sous les administrations de deux conservateurs nationaux : Juan Eyzaguirre Escobar (1962-1971) et Claudio Vidal Lazo (1971-1973). Elle s’inscrit dans un contexte politique chilien qualifié par l’historiographie d’« ère de la planification globale », où deux gouvernements, l’un démocratique et l’autre révolutionnaire – la Démocratie chrétienne et l’Unité populaire – ont tenté de promouvoir des programmes politiques, définis et validés par l’État, dans lesquels la planification étatique jouait un rôle primordial pour la modernisation du pays.

Ce contexte national coïncide avec une période de l’histoire institutionnelle des Archives nationales où deux directeurs, aux parcours professionnels très différents, ont milité pour la construction d’Archives nationales modernes et efficaces, répondant aux besoins de l’État et aux contraintes de la loi de 1927 imposant la conservation des documents administratifs et historiques. Tous deux aspiraient à un bâtiment indépendant, à la création d’archives régionales et à la promulgation d’une loi archivistique conforme aux idéaux de leur époque. D’un point de vue militant, il est pertinent d’expliquer et de reconstituer le parcours et le contenu de ces échecs archivistiques afin de comprendre leurs liens avec le présent et d’évaluer la pertinence des revendications passées.

D’un point de vue académique, cette thèse s’attache à reconstituer et analyser la communication officielle des directeurs avec les institutions étatiques afin d’expliquer les échecs passés. Le croisement des mémoires, des lettres et des documents officiels permet d’analyser les arguments avancés par les directeurs pour étayer leurs revendications et, par conséquent, le contenu et la fréquence des réponses de l’État. Ainsi, nous pouvons appréhender la conception étatique des archives et mettre en évidence le manque d’intérêt et de considération de l’État pour les Archives nationales, ainsi que le peu de priorité accordée aux archives publiques. Durant les années 1960 et 1970, les problèmes institutionnels sont restés inchangés et n’ont jamais été résolus, faute de volonté politique de l’État, malgré les efforts constants de ses directeurs.

En ce sens, la thèse cherche à placer l’État sur le banc des accusés du tribunal archivistique chilien afin de juger quel a été son rôle dans ces échecs : ont-ils facilité la modernisation ou l’ont-ils entravée ?

La lecture des documents permet de reconstituer la chronologie des démarches entreprises auprès de toutes les institutions avec lesquelles les directeurs Juan Eyzaguirre Escobar et Claudio Vidal Lazo ont collaboré pour obtenir un bâtiment indépendant. Entre 1927 et 1984, les Archives nationales occupaient les mêmes locaux que la Bibliothèque nationale et, faute de place, ne pouvaient se conformer à la loi. Ce manque d’espace a motivé la création d’Archives régionales et la mise en place d’un cadre juridique et réglementaire. Les directeurs n’étaient pas de simples gardiens du passé ; ils aspiraient à bâtir l’avenir des archives nationales. Leur vision était d’élaborer des politiques publiques permettant de valoriser les archives. Loin d’être de simples acteurs passifs, ils étaient des acteurs engagés au sein des institutions étatiques, parfois restreintes.

AsF Comunicación : Les droits de l’homme étaient-ils une priorité pour les directeurs des Archives nationales du Chili pendant la période où ils étaient à la tête de l’institution ?

Claudio Ogass : Le rapport aux droits humains n’est pas explicite. Aucun des deux directeurs n’évoque cette question dans les documents, ni ne l’utilise comme argument auprès de l’État pour justifier ses demandes de construction, de régionalisation ou de réforme. On peut toutefois en déduire une volonté de préserver le patrimoine et de le rendre accessible à différents publics. Dans cette perspective, l’hypothèse d’une préoccupation pour le droit d’accès à l’information au sein de l’administration des archives nationales depuis les années 1960 est intéressante. L’idée de créer des archives régionales vise à promouvoir l’histoire régionale et à dynamiser la recherche universitaire, contribuant ainsi à la valorisation de la culture régionale et de l’identité collective et individuelle.

Par ailleurs, puisque vous abordez cette question, il est intéressant de souligner que le directeur Eyzaguirre a lancé la première campagne de sensibilisation du public à la nécessité de bien conserver les documents et de disposer d’un bâtiment adapté. En 1962, la Direction générale des bibliothèques, des archives et des musées (DIBAM) du ministère de l’Éducation publique – dont dépendaient les Archives nationales – a supprimé des entrepôts, aggravant ainsi la crise d’espace qui affectait l’institution depuis 1927. Cette situation a provoqué la réaction du directeur, qui a invité des journalistes à réaliser deux reportages illustrant les conséquences désastreuses de cette mesure, auxquelles s’est ajouté un incendie en octobre 1962. On peut y voir une stratégie de « plaidoyer archivistique », c’est-à-dire la défense et la promotion de l’importance des archives auprès d’un public autre que celui qui est déjà convaincu de leur valeur administrative, politique et culturelle.

 

En conclusion, le discours sur les droits humains dans les années 1960 et 1970 n’a guère trouvé d’écho dans la pensée et le discours des directeurs. Sa défense n’a pas pénétré les échelons de la bureaucratie archivistique d’État, marginale et périphérique au sein de l’organigramme étatique. Comme aujourd’hui, les archives – et notamment les Archives nationales – étaient encore perçues comme un lieu de recherche pour les historiens (principalement des hommes) et un dépositaire du patrimoine de l’État. Or, l’élargissement de l’accès y est présent, implicitement, et mérite donc d’être approfondi.

AsF Comunicació : L’un de vos axes de recherche et de travail est le changement climatique. Comment pouvons-nous aborder, au niveau des archives, le défi posé par la crise climatique ?

Claudio Ogass Bilbao : La première étape consiste à reconnaître que le changement climatique est une crise mondiale et une menace qui affecte directement tous les domaines. C’est une réalité inévitable et indéniable, étayée par la communauté scientifique. L’exemple récent de DANA à Valence en est une illustration, mais il en existe bien d’autres, comme les inondations de Copiapó en 2015 et 2017, ou les ouragans Irma et Maria en 2017 à Porto Rico. Ces phénomènes nous ont fait prendre conscience de la fragilité des archives face à cette menace.

Le changement climatique amplifie les risques, augmentant la diversité et la fréquence des aléas, la vulnérabilité des archives et l’incertitude de la communauté archivistique quant à l’avenir. Il s’ajoute aux lacunes traditionnelles des archives.

L’urgence climatique met le secteur des archives à l’épreuve sous deux angles : d’une part, elle menace l’existence, la continuité et l’intégrité des archives ; d’autre part, elle interroge la mission des archivistes, qui est de garantir l’accès aux archives aux différentes générations. Dans cette perspective, il est nécessaire de repenser cette mission, car préserver les archives comme vecteurs de communication intergénérationnelle , c’est aussi préserver la planète.

Une façon de remédier à ce problème consiste à travailler ensemble et en réseau pour appréhender et s’adapter au changement climatique. Depuis la création du Conseil international des archives (CIA) en 1948, la communauté archivistique a parcouru un long chemin dans ce sens, en promouvant sans cesse un esprit éthique et collaboratif. À mon sens, la science archivistique peut contribuer de manière responsable sur quatre points clés :

    • Recherche et adaptation : Il est nécessaire d’élaborer des stratégies d’adaptation institutionnelle pour rendre les archives plus résilientes. Le groupe interdisciplinaire « Cartographier et étudier le changement climatique pour protéger les archives », qui utilise le géoréférencement et les cartes des risques pour anticiper les défis futurs, constitue une pratique intéressante.
    • Les archives comme vecteurs de changement : il est essentiel de prendre conscience que les archives sont aussi des sources de pollution et contribuent à l’atténuation du changement climatique. Bien que l’impact exact de ce secteur reste encore à déterminer, il est possible d’entreprendre des actions écologiques et de sensibiliser d’autres secteurs professionnels.
    • Réexamen de la mission professionnelle : Nous devons redéfinir notre mission en tenant compte non seulement de la protection du patrimoine documentaire, mais aussi de la préservation de la planète.
    • Les archives comme outils de sensibilisation : tous les services d’archives peuvent contribuer à documenter le changement climatique, à localiser des documents importants pour promouvoir la sensibilisation à l’environnement et à lutter contre le climatoscepticisme. Cela inclut la création de catalogues, d’index et d’activités de sensibilisation.

Communication AsF : Pour mettre en œuvre ce plan, sommes-nous à l’heure ou sommes-nous déjà en retard ?

Claudio Ogass : L’application de ces idées doit relever d’une responsabilité affective, en tenant compte de la charge de travail et du contexte de chaque service d’archives. La responsabilité d’un service d’archives national, doté d’un mandat légal et d’un budget stable, diffère de celle d’un service d’archives communautaire, où le travail est motivé par la passion et l’engagement personnel. Ce constat souligne l’importance de la collaboration et de la solidarité au sein de la collectivité archivistique. Je dois m’inspirer des services d’archives qui ont su réagir face aux catastrophes et élaborer des stratégies communes.

Le changement climatique ne connaît pas de frontières. Comme l’a dit un archiviste lors d’une conférence à Gérone, « votre déluge est mon déluge ». De plus, la solidarité peut être un antidote – petit mais nécessaire – au néolibéralisme et à la tendance individualiste qui promeut « campi qui puoi ».

AsF Comunicació : La collaboration doit s’appuyer sur des réseaux interdisciplinaires. Quelles sont, selon vous, les possibilités de collaboration entre archivistes et spécialistes du changement climatique et des droits humains ?

Claudio Ogass : La transversalité du changement climatique affecte tous les aspects de notre vie. Il s’agit d’un problème aux multiples facettes où le rôle des archivistes est essentiel. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, une approche interdisciplinaire est indispensable, comme le démontre le projet « Mapear e Investigar el canvi climático per protegre els archivos » (Cartographier et étudier le climat pour protéger les archives), lauréat du programme PCOM-ICA 2023. Ce projet, qui réunit des géologues, des archivistes, des designers et des spécialistes de la prévention du Chili et du Mexique, vise à combler une lacune dans la recherche sur le changement climatique en Amérique latine. Parmi les actions menées figurent un diagnostic des perceptions et des actions relatives au climat au sein des Archives nationales, l’analyse des plans d’urgence et une cartographie des risques dans des villes comme Copiapó et Valdivia. Le constat est sans appel : les archives latino-américaines ne sont pas préparées à faire face à cette menace, puisqu’aucun plan d’urgence ne mentionne le changement climatique.

Un regard d'archives sur le changement climatique

Ces lacunes soulignent la nécessité d’un travail interdisciplinaire et le lien entre militantisme et recherche. La recherche fondée sur des données probantes nous donne les moyens de formuler des revendications et de proposer des solutions plus réalistes et adaptées au contexte.

Claudio Ogas Bilbao

Coprésidente du groupe de travail sur le changement climatique du Conseil international des archives (CCWG-ICA) et doctorante en archivistique à l'Université de Liverpool

COLLABORER POUR PROGRESSER : Les étudiants d’ESAGED s’impliquent dans AsF

COLLABORER POUR PROGRESSER : Les étudiants d’ESAGED s’impliquent dans AsF

Quiconque a obtenu une licence ou un master a déjà eu l’impression que les enseignements dispensés en cours étaient parfois déconnectés de la réalité du monde professionnel. Comme si les enseignants vivaient sur une autre planète. Éviter cet écueil est l’une des principales préoccupations de l’équipe pédagogique de l’École d’archivage et de gestion documentaire (ESAGED) de l’UAB.

Trouver le lien entre la formation et le milieu professionnel où les connaissances acquises seront appliquées représente un véritable défi, notamment dans des domaines comme le marketing et la communication, car la réalité des institutions d’archives limite considérablement leur capacité d’action en matière de diffusion, et c’est alors que l’énorme distance qui peut exister entre la théorie expliquée dans le master et la réalité du monde du travail devient plus évidente.

C’est pourquoi ESAGED a proposé de collaborer avec Archivistes sans frontières : nous souhaitions mettre en pratique la théorie expliquée lors des sessions en travaillant dans un contexte réel. J’ai récemment appris que, dans le jargon pédagogique actuel, on appelle cela « apprendre en faisant », mais pour moi, il s’agit simplement de se confronter au terrain et d’acquérir de l’expérience tout en prenant conscience des difficultés rencontrées hors du cadre scolaire.

C’est ce qui a été réalisé au cours du premier semestre de l’année universitaire 2022-2023 avec les étudiants de deuxième année du Master officiel en archivistique et gestion documentaire. Le déroulement du travail était très simple : il a suffi de constituer des équipes d’environ cinq personnes pour mener à bien les tâches préalablement convenues avec l’AsF : élaborer un plan de communication ; préparer le dossier de presse ; concevoir une campagne de recrutement de nouveaux membres ; proposer des améliorations pour le site web ; proposer une stratégie de communication numérique via les réseaux sociaux ; concevoir une campagne de levée de fonds pour l’acquisition de documents pour les archives de la République sahraouie ; et créer un support de diffusion pour faire connaître le fonds de la Sociedad de Beneficència de Naturals de Catalunya de l’Havana.

Comme convenu en début de formation, entre septembre 2022 et janvier 2023, les équipes se sont réunies chaque semaine et se sont progressivement familiarisées avec la tâche choisie. Il en a résulté une série de propositions magnifiques, fruits de l’engagement et des efforts des étudiants, qui n’ont ménagé aucune heure pour les mener à bien. Je les ai vus peiner, se retrouver bloqués, hésiter… mais je ne les ai jamais vus abandonner ni compromettre leurs efforts. C’était passionnant d’assister à leur évolution et de voir comment, petit à petit, ils ont gagné en assurance et en confiance jusqu’au moment où ils ont présenté un travail remarquable. Personnellement, cette expérience en classe durant ce semestre restera gravée dans ma mémoire et donne tout son sens au rôle d’un enseignant et à la mission de l’université.

En outre, cela aura permis de contribuer à l’essor d’une entité comme AsF, qui accomplit un travail extraordinaire et que j’espère, grâce à la contribution enthousiaste d’un groupe d’étudiants qui font désormais partie de l’histoire des Archivistes sans frontières, tant son conseil d’administration que le grand public pourront faire encore mieux.

LES POLITIQUES RELATIVES AUX ARCHIVES ET À LA MÉMOIRE. Quelques enseignements tirés de l’expérience colombienne.

LES POLITIQUES RELATIVES AUX ARCHIVES ET À LA MÉMOIRE. Quelques enseignements tirés de l’expérience colombienne.

César Osorio Sánchez – Chercheur et enseignant en justice transitionnelle, archives et mémoire historique.

Au cours des vingt dernières années, le discours international sur les droits humains s’est penché sur une question essentielle pour l’élucidation des crimes contre l’humanité commis dans les régimes répressifs et les conflits armés : quelles mesures faut-il mettre en œuvre pour sauvegarder et diffuser largement les archives témoignant des violations des droits humains ? Les principes internationaux de lutte contre l’impunité – adoptés en 1998 et actualisés en 2005 –, les rapports du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la vérité – notamment son rapport de 2015 –, ainsi que les Instruments de l’état de droit du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme [i] ont souligné qu’il incombe aux États de se souvenir, et, dans le cadre de leur mission, de préserver et de créer les conditions les plus favorables à la connaissance publique du patrimoine documentaire et testimonial des villes. Ces références juridiques invitent les États à considérer les mécanismes transitoires, tels que les lois mémorielles, comme une opportunité de mettre en œuvre les normes les plus élevées en matière de protection, d’accès et de diffusion sociale des archives. Les politiques de recherche de la vérité doivent s’accompagner de politiques archivistiques conçues dans une perspective de droits humains.

Malgré la clarté de ces invitations, l’expérience internationale, et en particulier celle des mécanismes de transition en Colombie, montre que l’harmonisation et le dialogue entre les politiques de mémoire et les politiques archivistiques constituent une tâche complexe. Ainsi, bien que l’un des principes fondamentaux de ce rapport entre archives et politiques de mémoire soit le libre accès des organismes de recherche sur le passé à la documentation et à l’information publique, l’expérience de la Commission pour la clarification de la vérité, la coexistence et la réconciliation (CEV) en Colombie met en lumière les obstacles persistants dans ce domaine. Cet organe, issu des accords signés en 2016 par le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP), a remis son rapport final le 28 juin 2022, accompagné d’un document intitulé « Expérience de la Commission pour la clarification de la vérité en matière d’accès à l’information publique » [ii] . La Colombie dispose d’une loi générale sur les archives, d’une loi sur la transparence et l’accès à l’information publique, ainsi que d’une loi relative aux victimes et à la restitution des terres. Cependant, le CEV s’est heurté à la réticence de certains organismes étatiques à donner accès à la documentation publique, au manque d’outils d’archives pour la recherche d’informations sur les violations des droits humains, au transfert injustifié des demandes d’information à d’autres organismes étatiques et à la méconnaissance des délais légaux de réponse aux demandes d’accès, entre autres problèmes. En bref, l’accès aux archives d’État demeure un parcours du combattant, non seulement pour les victimes en quête de vérité et de justice, mais aussi pour les organismes publics habilités à enquêter sur les conséquences de la guerre.

L’expérience du CEV rappelle les conclusions d’une autre entité, le Centre national de la mémoire historique (CNMH), une organisation créée en 2011 et chargée de la mise en place d’archives sur la mémoire du conflit armé colombien. Entre 2013 et 2017, cette entité s’est attelée à l’élaboration d’une politique d’archivage sur les violations des droits humains et, à cette fin, a dialogué avec des organisations sociales et des représentants des pouvoirs publics de différentes régions de Colombie. Dans son diagnostic, le CNMH a constaté que des problèmes tels que les menaces proférées contre les leaders sociaux cherchant à obtenir des informations sur les événements, le manque de formation des agents publics aux droits humains, l’absence d’outils psychosociaux pour l’accompagnement des victimes, l’absence de programmes de formation au traitement des archives et la précarité des infrastructures – publiques et de la société civile – entravaient l’accès aux traces documentaires et testimoniales de l’affrontement armé et leur préservation [iii] . Les réalités rencontrées par ces institutions montrent que les politiques et la gestion des archives dans les institutions publiques peuvent faciliter mais aussi entraver la connaissance des conséquences de la violence, et affecter de manière décisive les possibilités de revendiquer les droits humains, notamment ceux des victimes et de leurs représentants.

Pour complexifier ce tableau des enjeux des politiques mémorielles, il est important de préciser qu’en Colombie, des institutions comme le CNMH et le CEV ont publié des rapports traitant notamment des conséquences de la violence dans les différentes régions, de ses effets sur des populations telles que les paysans, les autochtones, les communautés afro-colombiennes, les jeunes, les adolescents et les personnes LGBTI, ainsi que des répercussions sur la participation politique, parmi d’autres dimensions du conflit armé. Malgré ces travaux, des politiques archivistiques facilitant et encourageant l’accès restent indispensables, non seulement à la documentation publique en général, mais aussi aux archives constituées par ces institutions dans le cadre de leurs recherches. Dans les sociétés qui aspirent à surmonter les profondes répercussions sociales, culturelles et psychosociales de la violence, le défi consiste non seulement à collecter des documents et des témoignages, mais aussi à rendre publiques des milliers d’histoires qui, du fait de la violence, sont restées tues. En réalité, une grande partie du travail des gestionnaires de la mémoire, tels que les organisations de défense des droits de l’homme et les associations familiales, vise à briser le silence qui pèse sur les souffrances endurées par la société et, par là même, à surmonter le climat d’impunité qui facilite la répétition d’événements violents.

L’expérience colombienne montre que les obstacles à l’accès aux archives, si l’adoption d’outils juridiques – lois, protocoles et circulaires institutionnelles – est nécessaire mais insuffisante pour assurer la coordination entre les politiques de mémoire et les politiques d’archivage, sont nombreux. Autrement dit, le chemin entre les règles et la pratique des institutions étatiques est long. Pour combler ces lacunes, il est indispensable de prendre la décision de promouvoir des changements dans la culture institutionnelle, ainsi que de susciter un débat public et un contrôle citoyen afin que les principes adoptés par le droit international des droits de l’homme soient intégrés et appliqués au sein de l’institution. Un besoin criant est, par exemple, de défendre publiquement l’idée que la recherche de la vérité et l’analyse critique du passé, afin d’éviter la répétition des atrocités, exigent que les générations présentes et futures puissent connaître et examiner les rapports des organismes spécialisés ainsi que l’histoire contenue dans les documents, témoignages et autres sources rassemblées par ces organismes de recherche. Le débat public sur l’accès aux archives pour la récupération de la mémoire historique doit aborder, entre autres aspects : a) les conditions effectives de sa connaissance et de sa diffusion, notamment pour les victimes et les organisations œuvrant à la clarification du passé ; b) le régime d’accès aux documents et témoignages recueillis par les organes d’enquête ; et c) les politiques nécessaires pour que les systèmes d’archives nationaux fonctionnent de manière coordonnée dans la préservation de ce patrimoine lorsque les documents et témoignages sont conservés par des gestionnaires de mémoire non étatiques, c’est-à-dire par des personnes ou des communautés qui peuvent contribuer à la clarification du passé.

Face à ces enjeux, il convient de souligner que la Colombie et l’Espagne traversent des moments charnières. D’une part, la Colombie assiste à l’annonce d’une relance des politiques de paix, et d’autre part, la société espagnole est confrontée au débat sur les implications de la Loi sur la mémoire démocratique. J’espère que cette période sera l’occasion pour les politiques archivistiques de s’affirmer comme un domaine stratégique et central des transitions politiques dans ces pays, et pour les institutions publiques, les groupes de réflexion et les organisations de la société civile d’engager un dialogue fructueux sur les politiques et les mesures nécessaires à la sauvegarde de la valeur des archives en tant que sources de mémoire sociale, garantes du respect des droits humains.

[i] Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCRDH), 2015. Instruments de l’état de droit pour les sociétés sorties d’un conflit : archives. Disponible à l’adresse : https://www.ohchr.org/sites/default/files/Documents/Publications/HR_PUB_14_4_Archives_sp.pdf

[ii] Commission pour la clarification de la vérité, la coexistence et la non-répétition (CEV) (2022). Expérience de la Commission en matière d’accès à l’information publique. Document disponible à l’adresse suivante : https://www.comisiondelaverdad.co/experiencia-de-la-comision-para-acceder-informacion-publica

[iii] Centre historique national (CNMH) (2017). Le processus de constitution des Archives des droits de l’homme du CNMH et l’élaboration de la politique publique des Archives des droits de l’homme, de la mémoire historique et des conflits armés : diagnostic et propositions de la société civile et des institutions publiques. Dans : Politique publique des Archives des droits de l’homme, de la mémoire historique et des conflits armés. Disponible à l’adresse : https://www.centrodememoriohistorica.gov.co/descargas/politica-publica-archivo-ddhh.pdf, pages 120-125 .

Le souvenir du Casal

Le souvenir du Casal

L’intervention d’Archivistes sans frontières dans les archives du Casal Català de Tolosa (2023)

Intervention dans les archives du Casal Català de Toulouse

En juillet 2023, une délégation d’Archivistes sans frontières (AsF) a mené une intervention dans les archives du Casal Català de Tolosa de Llenguadoc, une association importante d’actions culturelles catalanes à l’étranger depuis l’exil des années 1940, après la défaite républicaine de 1939. AsF a maintenu le contact avec les responsables de cette entité depuis 2018 afin d’analyser la valeur de sa collection documentaire et de conseiller ses gestionnaires en vue de sa préservation et de son adéquation à différents axes de recherche.

Ces contacts, temporairement interrompus par la pandémie, ont révélé un intérêt interne pour cette documentation, non seulement pour la connaissance de l’organisation elle-même, de ses membres et du patrimoine humain et culturel accumulé tout au long de son existence, mais aussi pour la bonne gestion de ses données, de ses biens et de ses besoins juridiques. Un intérêt public s’est également manifesté, considérant cette documentation comme un fonds d’archives à part entière, traitée à ce titre et mise à la disposition du public. Bien que le Casal ait été fondé en 1954, une part considérable de la correspondance et des documents qui composent ses archives transcende cette frontière temporelle et témoigne des vicissitudes des premières années d’exil en France. Elle révèle ainsi les motivations politiques, économiques, culturelles et sentimentales de ceux qui allaient fonder le Casal, ainsi que celles de nombreuses autres personnes qui, ayant entrepris le chemin de la France, sont entrées en contact avec les membres du Casal et y ont trouvé soutien ou conseils.

L’ensemble de ces évaluations a motivé une visite de reconnaissance et de diagnostic en 2022, étape cruciale à partir de laquelle la concrétisation d’une intervention plus approfondie dans les archives par deux coopérateurs d’AsF a été planifiée en 2023. Cette intervention a pu se réaliser grâce au soutien financier du Département de l’action étrangère et de l’Union européenne de la Generalitat de Catalogne et à la contribution des membres du Casal. La nécessité de cette intervention reposait sur le constat des problèmes rencontrés dans ces archives, problèmes par ailleurs fréquents dans les associations populaires : bien que leur patrimoine, cristallisé dans un volume documentaire non négligeable – jusqu’à 13 mètres linéaires de papier, mais aussi de photographies –, ait été rendu possible grâce au dévouement bénévole de ses membres, ce dévouement s’est très souvent traduit par une diversité de critères dans l’organisation et le classement de la documentation, généralement sans connaissance des méthodes archivistiques cohérentes. Il en résulte un manque d’organisation des archives permettant de les consulter efficacement et de les conserver en toute sécurité.

Les lignes de conduite étaient donc claires : vider les archives, éliminer tout élément extérieur au fonds documentaire, sans valeur authentique ni représentative pour l’entité ; et étudier la documentation afin d’établir une classification par fonctions et sous-fonctions selon le modèle du Tableau de classification des entités et associations culturelles de la Direction générale du patrimoine culturel [1] . À partir de ce schéma d’organisation, déterminer les principales séries documentaires et leur inventaire, avec le niveau de description le plus détaillé possible compte tenu du temps disponible, et placer la documentation déjà traitée, regroupée dans des dossiers et stockée dans des boîtes d’archives étiquetées, sous le contrôle d’un code topographique.

Ces travaux, menés sur une période de dix jours, ont permis la mise en place d’un fonds d’archives de 9,3 mètres linéaires, composé de 93 unités d’installation régulières et topographiques, reliées entre elles par un tableau de classification. Ce tableau a permis à l’organisme d’accéder aux principaux domaines de sa collection documentaire, notamment toute la documentation relative à sa constitution et à sa gestion interne, à sa comptabilité et à sa correspondance. De plus, pour certaines séries documentaires spécifiques, une attention particulière a été portée à l’approfondissement de la description et de l’organisation de la documentation, comme c’est le cas pour tout ce qui concerne le Rassemblement de Sardana, activité emblématique du Casal qui s’est poursuivie au fil du temps, ou le Bulletin du Casal, publié depuis 1963.

L’état de désordre général des archives avant l’intervention a nécessité de consacrer l’essentiel du temps au classement par grandes sections documentaires et à la mise en place d’un espace adéquat, mettant en valeur certains points d’intérêt, sans toutefois parvenir à la description et au classement complets de l’ensemble de la documentation. Il serait souhaitable que cet objectif soit au cœur d’une seconde intervention dans ces archives.

Par ailleurs, la visite d’Archives sans frontières au Casal Català de Tolosa aura permis à l’institution d’acquérir une connaissance globale de son patrimoine documentaire, de son étendue, de ses lacunes et de ses inconnues ; une connaissance qui pourrait susciter son étude et qui renforcera la prise de conscience de sa valeur : un fil conducteur reliant les aventures de la première génération d’exilés catalans à celles des nouvelles générations d’expatriés qui ont redécouvert un fonds commun dans la mémoire du Casal.

[1] Cobo Barri, E., Pedrals Costa, X., Vilarrúbias Cuadras, Yáñez Navarro, M., (2023). Protocole de soutien aux archives des entités et associations culturelles. Archivage et gestion documentaire. Outils , 11.

Participation des Archivistes sans frontières au Congrès international des archives, Barcelone 2025

Participation des Archivistes sans frontières au Congrès international des archives, Barcelone 2025

Le Congrès international des archives 2025, qui s’est tenu à Barcelone, a fermé ses portes jeudi 30 octobre. Ces quatre journées intenses, riches en expositions et en conférences animées par des professionnels du monde entier, ont constitué une expérience enrichissante qui nous a permis de découvrir des initiatives et des projets inspirants dans le domaine des archives à l’échelle mondiale.

AsF a participé avec différentes propositions qui ont notamment inclus :

  1. La préservation de l’identité de la RASD par le traitement des documents déposés aux Archives nationales. Un projet qui prend encore plus d’ampleur après l’approbation par le Conseil de sécurité de l’ONU du plan marocain pour le Sahara occidental.
  2. L’application de méthodologies collaboratives qui favorisent le dialogue entre l’État et les communautés, dans le but d’élaborer des politiques qui garantissent la protection et la diffusion de ce patrimoine documentaire et testimonial .
  3. La présentation par affiches, une formule plus personnelle et interactive pour faire connaître les projets, a permis, grâce à la documentation des Casals Catalans et des Amazighs, de montrer de manière plus intime et informelle comment la mémoire se construit à travers les archives.

Un autre point fort pour l’AsF a été la présence de son propre stand , qui nous a permis de faire connaître l’association dans différentes régions du monde. Nous remercions sincèrement l’organisation du congrès pour cette marque de reconnaissance envers une entité qui place la coopération dans le domaine des archives au cœur de ses valeurs.

Cette visibilité nous a permis d’intégrer dix nouveaux partenaires, de susciter l’intérêt de particuliers et d’entreprises qui nous ont contactés pour en savoir plus sur les projets en cours, et d’établir de nouvelles alliances qui, nous l’espérons, contribueront à promouvoir les programmes et actions futurs.

Ce fut également très satisfaisant de rencontrer en personne des membres d’autres sections de l’AsF — comme la France, la Colombie, l’Uruguay et la Norvège — avec lesquels nous partageons des objectifs, une mission et des valeurs communs.

Concernant le programme du congrès, nous avons pu assister à l’intégralité des sessions d’actualité, axées sur des questions telles que les violations des droits de l’homme résultant des guerres et des invasions touchant l’Ukraine et Gaza, ainsi que sur les débats concernant l’avenir du métier d’archiviste et les propositions novatrices qui placent les données au centre comme élément transformateur.

Le Congrès international des archives 2025 a constitué un espace fondamental de réflexion et de dialogue pour approfondir le rôle des archives en tant que garantes de la mémoire collective . et les droits de l’homme. Les différentes présentations et les expériences partagées ont montré que, au-delà de leur valeur administrative, les archives sont des instruments vivants de vérité, de justice et de réparation.

Les débats sur les archives déplacées et les contextes de conflit ont mis en lumière la nécessité de promouvoir des politiques internationales qui garantissent leur préservation et leur restitution, tandis que les sessions consacrées à la numérisation et à l’accessibilité ont souligné le défi que représente l’adaptation aux nouveaux environnements technologiques sans perdre de vue la possibilité d’élargir l’accès à tous les publics .

L’importance de garantir l’accès à l’information , notamment pour les communautés touchées par la violence ou l’exclusion, et de renforcer le rôle des professionnels des archives en tant qu’acteurs actifs de la défense de la mémoire collective, a également été soulignée.

En résumé, le congrès a consolidé l’idée que les archives sont des espaces de résistance, de construction de la mémoire et de promotion des droits , et a ouvert de nouvelles voies de collaboration pour continuer à progresser vers une gestion plus inclusive, ouverte et engagée avec la société.

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